vendredi 4 janvier 2008
E, cinquième lettre de l’alphabet, deuxième voyelle ; élément disparu chez Perec. Ancienne amie du d, la lettre e semble s’ouvrir à tout le monde lors de l’apogée du naturalisme français. Malheureusement, vers la fin de siècle 1900, un pénible scandale langagier la laissa usée, mélancolique et sans couleur. Par conséquent, elle fut presque totalement écartée de la scène artistique au cours de la période dite post-symboliste. Les années 1930 achevèrent son déclin. Depuis la Seconde Guerre mondiale, l’e n’est possible que sous forme de parodie fondamentale, comme le regret muet de la littérature même.
D, quatrième lettre de l’alphabet, troisième consonne. Lettre curieusement équivoque, le d se présente comme un factotum sonore. Il est ici. Il est là-bas. Il est un passager assourdissant entre les dents. Au commencement aussi bien qu’à la fin, le d fait le dogme et la division. Ainsi, il semble surtout être son propre doute, une musique qui s’interrompt. Prononcé tout seul, le d résonne comme une question à part entière. C’est cela, finalement, qui dévoile l’essence d’un grand homme ressentant la solitude le guetter au pied de sa liberté.
jeudi 3 janvier 2008
C, troisième lettre de l’alphabet, deuxième consonne. En français, le c respire presque tout seul, étant aussi céleste que caritatif. Par conséquent, on le trouve fréquemment juste à côté du verbe être, auquel il donne le meilleur de son inspiration littérale, tant au présent qu’à l’imparfait. En danois, la lettre c se prononce exactement comme le verbe se, voir, à l’infinitif. Le même phénomène, en soi philosophiquement festif, se laisse observer dans la langue anglaise. Malheureusement, en anglais, cette ouverture sensuelle au monde va main dans la main avec l’irréalité romantique de la mer (Voir à ce sujet Howard Kleinleben, « « How far to (the) c ? » On the significance of "c’ing" in recent English marine poetry, with special reference to the development of Cockney », in British Language Notes, vol. V, n° 1, Brighton Rock, 1977, pp. 23-39). Tout compte fait, il faudrait probablement bientôt rendre au nom césar l’occlusion vélaire que l’histoire impériale européenne lui doit.
B, deuxième lettre de l’alphabet, première consonne. De manière assez peu agréable, cette lettre tend à peser dans la bouche. Par conséquent, elle est souvent crachée dans une sorte d’auto-persiflage sonore (bouche bée, bébé, BB etc.). Mondialement très utilisé par les tout petits, le b semble favoriser l’expression des choses simples et corporelles (bordel, bourré, boxe, but…), ainsi que la manifestation de désirs odieux dans certains romans familiaux (Bagdad, Bush, Bush, Bagdad…) ; désirs qui prouvent, si besoin est, que les belles d’un homme peuvent très bien être les bêtes d’un autre (Cf. Arthur Rose, « Bamboozled. On the Two Spaces of B », in The Ancient Republic, vol. XVIII, n° 6, Chicago, décembre 2001, pp. 526-539). Toutefois, grâce à un trait français du XV° siècle, le b est toujours en mesure de réacquérir la distinction qui lui fut originairement accordée par le frimas de l’hiver latin, pruina : la promesse aussi insaisissable que tactile d’une pluie poussiéreuse et fine, bruine.
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