dimanche 2 décembre 2007

A, la première lettre de l’alphabet ; petit objet chez Lacan. Voyelle très musicale, à la fois ample et éphémère, surtout dans le mot « grâce », le a est traditionnellement utilisable en poésie (« a constant sacrament of praise », « un sacrement constant de louange », Wallace Stevens). Malheureusement, à cause de ces qualités subtiles mêmes, il se fait également souvent piéger par des éructations quasi-syntaxiques violemment conditionnées, Iahvé Sabaoth, Ave Maria, Allah akhbar. Celles-ci semblent de plus en plus intouchables pour l’humour élémentaire du mot absence qui leur est pourtant inné. Cela demande des lectures politiques approfondies. Ces dernières années, la lettre a fut encore durement touchée par une étrange nouvelle définition du verbe travailler (« On travâille ! », Jean-Pierre Raffarin) qui est sensée faire disparaître tous ceux qui n’ont plus la possibilité de gagner leur vie. En 2002 l’a entra officiellement sur la liste des voyelles en voie de disparition de l’organisation mondiale pour la vie alphabétique, Letterwatch. À la fin de la première guerre mondiale, on comptait plus que 5000 variations originales. Au début des années 1950 ce nombre était réduit à environ 2000. Depuis, il ne cesse de diminuer. Sous peu, l’être aérien du a risque de s’évaporer définitivement dans cette laideur abyssale qui ronge sans répit le fond des voyelles contemporaines. (Voir Pierre Dutoit, « À s’y perdre. Sur le recel et l’abus de biens verbaux », in Das Leben der Buchstaben. Internationale Zeitschrift für vergleichende Alphabetistik, n° 78, Cologne, Aeolus, février 2002, pp. 101-113 ; ici p. 109).

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